Sous la chaleur écrasante du début d'après-midi, l'île s'éloigne peu à peu de notre champs visuel pour s'évanouir jusqu'à disparition dans un paysage infiniment éblouissant. Le ronflement de la navette étouffe l'éternelle paix du lac. Par dessus ça, quelqu'un a aussi branché la télé. Des images de violence à Managua la capitale, y défilent. Nous nous posons des questions. C'est là-bas qu'on se dirige. Pour quitter le pays, c'est incontournable. Avec nos réflexions, Ometepe ne paraît désormais plus qu'un rêve, lointain. Les passagers, silencieux, sont dans l'attente. Mais il n'y a pas la même impatience de débarquer comme à l'aller. Pendant les deux heures de navigation,  certains roupillent, bouches entrouvertes et têtes ballotantes. D'autres, rêveurs, plongent le regard vers l'infini horizon. Il y a aussi ceux qui tentent de redessiner d'un oeil nostalgique les deux seins de l'île, pourtant maintenant imperceptible.

L'arrivée à quai se fait dans une agitation qui clôt définitivement la parenthèse péninsulaire. L'ancre à peine jeté à l'eau, un troupeau d'enfants sautent par dessus bord, avec une agilité et un équilibre hors du commun, ils s'accrochent à ce qu'ils peuvent, grimpent par les fenêtres,  et courent après quelques touristes un peu déboussolés par cette agitation brusque. Plus ces derniers sont blancs (enfin... rouges...), plus les enfants sont insistants. Ils leur proposent de porter leurs valises ou leurs sacs à dos, mais les entraînent aussi à prendre tel cyclo ou tel taxi avec évidemment un prix spécial déjà fixé. La méfiance est de rigueur si l'on ne souhaite pas se faire arnaquer ou tout simplement se retrouver à devoir payer un pourboire en échange d'un simple conseil. Du coup, avec nos lourds sacs au dos, nous traçons d'un pas pressé et sûr notre chemin.

Nous sautons de justesse dans le bus direction Managua. La route est longue.