Le 26 juin, nous sommes allés voir la fameuse rencontre des fleuves RIO NEGRO et RIO SALIMOES : un spectacle incroyable !! Nous nous sommes perdus un peu à la recherche du bus qui mène au débarcadère. La ville de Manaus est immense, les axes vont dans tous les sens, et les bus et les arrêts innombrables ! Un vieil homme boiteux et édenté nous conseille et propose fièrement de faire la route avec lui. Il vient du Guyana et parle très bien anglais : rare au brésil !! Le bus traverse la ville et au bout d’un peu plus d’une heure, les constructions humaines sont englouties par la végétation. Au bout de nulle part, la forêt amazonienne. Au bout de la longue route, le débarcadère, et évidemment quelques bouibouis en bois anarchiquement installés où l’on propose boissons chaudes et froides, ainsi que des encas. Le vieux guyanien, tout souriant, comme une star célèbre qui débarque dans son village natal, lève le bras vers la gauche, puis vers la droite pour saluer la population qui le connaît. Des pêcheurs se ruent sur nous, sachant très bien pourquoi on est là ! On négocie fermement, et on s’en tire très très bien !! 15 réals pour deux, soit 2 euros, c’est presque le prix qu’on aurait payé si on avait pris la navette qui traverse, mais qui ne s’arrête pas à l’« encuentra das aguas ». Le vieux gère l’attroupement. Ayant entièrement confiance en lui, on finit avec un mec borgne aux allures trop louches ! Nous voilà donc à naviguer très très lentement dans une sorte de tapouille avec une sorte de pirate à la peau tannée et tout plein de cicatrices. Le borgne s’adresse surtout à moi, il doit croire que je suis brésilienne. On sourit et se la joue aimable mais j’avoue que je n’étais pas très rassurée, surtout que le moteur est tombé en panne deux fois. Heureusement que c’est toujours un plaisir que de respirer un grand bol d’air fluvial et de verdure ! L’eau paraît normale. Au large, on devine ce qui nous attend : l’eau y est très claire, celle où l’on navigue parait noire à côté, et une ligne  ondulante sépare les deux eaux. De nos lectures et du peu qu’on a compris sur ce que le pirate nous a raconté, ce phénomène géophysique s’expliquerait par la température spéciale des eaux. Le pirate nous mène jusqu’à la rencontre. On est ébahi par le « spectacle » incroyable et pourtant vrai : le Rio Negro (fleuve noir) et le Rio Salimoes (fleuve blanc) se rejoignent, se dandinent l’une à côté de l’autre en formant une seule eau, mais ne se mélangent pas. Le pirate nous place sur la « frontière », et arriva ce qu’on a craint depuis le départ : il éteint l’embarcation et commence à vouloir changer les négociations. Nos cœurs battent vite. Xav feint celui qui ne comprend rien. Le pirate invente mille et une excuses, sa famille pauvre, le prix de l’essence, et nous propose même d’aller voir une chapelle sur une île,  pour justifier 5 réals supplémentaires, il est si malheureux ! Quand il disparaît un moment dans la cabine, on se demande s’il ne va pas réapparaître avec un fusil. Ouf ! Non ! Juste une bouteille d’eau. Le soleil tape dur. L’embarcation tangue doucement entre l’eau noire et l’eau blanche. Il refuse toujours de démarrer. Je commence donc à faire ma piteuse, posément, en lui expliquant que si on savait qu’il voulait augmenter le prix, on serait resté sur le bord, car notre budget était restreint, on avait juste ce qu’il fallait pour revenir en bus jusqu’à Manaus, blablabli et blablabla. Le pirate redémarre alors, et reprend le chemin du retour en silence. Un bateau bourré de touristes foncent à côté de nous. Une vague d’eau douce nous rafraîchit la peau brûlante au soleil. On se force à garder le sourire. On a hâte d’arriver. A l’embarcadère le vieux édenté nous attendait. Il nous tient compagnie jusqu’au départ du bus et demande évidemment aussi son « cadeau ». Retour plein de sentiments bizarres dans l’agitation de Manaus, puis départ pour la Bolivie.

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